Les stablecoins sont-ils moins risqués que le Bitcoin, ou exposent-ils simplement à d’autres dangers ? Kevin O’Leary défend la première lecture : l’investisseur classe le Bitcoin parmi les actifs spéculatifs, tandis qu’il privilégie les jetons adossés au dollar pour les paiements. Cette distinction éclaire le marché des actifs numériques, à condition de ne pas confondre faible volatilité, sécurité de l’émetteur et protection du capital.
Ce qu’il faut retenir
- Kevin O’Leary distingue deux usages : rechercher une appréciation avec le Bitcoin et transférer une valeur relativement stable avec les stablecoins.
- Un cours stable ne supprime pas le risque financier : réserves, remboursement, intermédiaires et taux de change restent déterminants.
- L’adoption d’une blockchain ne garantit pas la hausse de son jeton, notamment lorsque les utilisateurs captent l’essentiel des économies réalisées.
- La réglementation encadre certains risques sans assurer les fonds : les protections dépendent du produit, de l’émetteur et de la juridiction.
Pourquoi Kevin O’Leary oppose-t-il Bitcoin et stablecoins ?
Dans les propos relayés à partir de ses interventions médiatiques et sur les réseaux sociaux, Kevin O’Leary décrit le Bitcoin comme un actif spéculatif, comparable à un « or numérique ». Il présente les stablecoins conformes aux exigences réglementaires et adossés au dollar comme des instruments plus adaptés aux règlements courants, qu’il indique lui-même utiliser.
La différence tient d’abord au service recherché : le premier permet une exposition à un actif rare, sans promesse de conversion à prix fixe ; les seconds visent à conserver une valeur de référence. Comparer leur risque sans préciser l’usage revient à comparer une position en or avec un solde destiné à payer des factures.
Prenons une entreprise française fictive qui doit régler un fournisseur en dollars dans quelques jours. Détenir temporairement un jeton lié au dollar limite les variations face à cette facture, tandis qu’un règlement préparé en BTC peut nécessiter davantage de fonds si son cours baisse avant l’échéance.
Cette logique de trésorerie ne transforme pourtant pas le jeton en placement sans danger. Elle réduit une source d’incertitude, celle du prix exprimé en dollars, tout en laissant subsister les risques propres au dispositif de paiement.

Les stablecoins réduisent-ils vraiment le risque financier ?
Leur stabilité repose sur un mécanisme, pas sur leur appellation. Pour un jeton adossé à des réserves, il faut examiner les actifs détenus, leur disponibilité et les conditions permettant d’obtenir un remboursement.
| Dimension du risque | Bitcoin | Stablecoin adossé au dollar |
|---|---|---|
| Valeur de marché | Prix libre, potentiellement très volatil. | Objectif de parité avec le dollar, sans certitude de maintien permanent. |
| Offre et émission | Émission régie par le protocole, avec un plafond prévu de 21 millions d’unités. | Création et destruction généralement liées aux souscriptions et remboursements. |
| Contrepartie | Pas d’émetteur promettant un remboursement ; un dépositaire peut néanmoins intervenir. | Dépendance à l’émetteur, aux dépositaires des réserves et aux intermédiaires. |
| Exposition d’un épargnant en euros | Variations du BTC exprimé en euros. | Variation du dollar face à l’euro, même si la parité du jeton tient. |
Un stablecoin en dollars n’est donc pas stable en euros. Pour l’entreprise fictive, il peut couvrir une dépense américaine ; pour une trésorerie destinée à payer des salaires en France, il crée au contraire une exposition au change.
L’accès au remboursement constitue une autre différence souvent négligée : acheter un jeton sur une plateforme ne signifie pas nécessairement pouvoir le restituer directement à son émetteur. Des conditions d’éligibilité, des seuils ou des contrôles peuvent obliger son détenteur à passer par le marché secondaire, précisément là où une décote peut apparaître.
Enfin, un produit rémunéré utilisant ces jetons ajoute une couche de risque : prêt, protocole automatisé ou intermédiaire financier. Le rendement n’est jamais gratuit : il rémunère un risque.
Que changent le GENIUS Act et MiCA pour les stablecoins ?
Kevin O’Leary présente le GENIUS Act comme un facteur favorable à leur adoption. Promulguée aux États-Unis en juillet 2025, cette loi établit un cadre fédéral pour les stablecoins de paiement ; son adoption doit toutefois être distinguée du calendrier d’application de ses dispositions.
Pour une entreprise, des règles sur les réserves, les contrôles et les émetteurs rendent l’analyse des prestataires plus structurée. Une réglementation plus lisible ne signifie ni garantie publique du jeton ni disparition du risque de contrepartie.
Dans l’Union européenne, le règlement MiCA distingue notamment les jetons de monnaie électronique, référencés à une monnaie officielle, des jetons se référant à d’autres actifs. Les documents de l’Autorité bancaire européenne, de l’ESMA et de l’AMF permettent d’examiner les obligations applicables et le statut des acteurs.
Un cryptoactif conforme ne doit pas être assimilé à un dépôt bancaire couvert par une garantie des dépôts. Pour l’entreprise française, la vérification utile porte sur l’entité contractante, son autorisation et les droits de remboursement, pas seulement sur la disponibilité du jeton dans une application.
L’investisseur associe également l’élargissement de la participation institutionnelle à une clarification du cadre américain, notamment autour du CLARITY Act. Cette position décrit un frein réglementaire possible, mais ne démontre pas que sa levée provoquerait automatiquement des achats : les contraintes de conservation, de liquidité et de conformité demeurent.
Pourquoi l’adoption d’Ethereum ne garantit-elle pas le rendement d’ETH ?
Kevin O’Leary conteste l’idée qu’Ethereum deviendrait nécessairement l’infrastructure dominante de tous les secteurs. Il propose plutôt d’évaluer les réseaux comme des logiciels d’entreprise : quels problèmes résolvent-ils, pour quels utilisateurs et avec quelles contraintes opérationnelles ?
Cette approche invite à comparer Ethereum, Solana et Avalanche sans désigner de vainqueur universel. Une société peut privilégier les coûts, une autre la liquidité disponible, une troisième le contrôle des accès et la confidentialité.
Mais l’utilisation d’un réseau et la valeur de son jeton ne progressent pas nécessairement ensemble. Des transactions peu coûteuses peuvent séduire les entreprises sans créer une demande proportionnelle pour l’actif, tandis que les émissions nouvelles ou les déblocages de jetons peuvent accroître l’offre disponible.
Les annonces telles que les achats d’ethers par BitMine relèvent ainsi d’une décision de trésorerie distincte de l’usage opérationnel d’une blockchain. De même, les analyses de Bitwise sur les cryptomonnaies et le Bitcoin doivent être distinguées des preuves d’utilisation par des clients.
Après l’utilité et l’économie du jeton, l’examen porte sur l’équipe, la gouvernance, les pouvoirs de modification et la sécurité. Un audit apporte des éléments de contrôle, mais n’exclut ni une faille future ni un incident sur un pont reliant plusieurs réseaux.
Le Bitcoin à un million de dollars dépend-il seulement du risque quantique ?
L’hypothèse d’un Bitcoin à un million de dollars évoquée par Kevin O’Leary reste un scénario conditionnel, pas une valorisation démontrée. La résolution d’un problème de sécurité ne suffit pas, à elle seule, à établir un prix futur.
La menace quantique concerne notamment la capacité théorique de machines suffisamment puissantes à compromettre certaines signatures cryptographiques. Elle ne signifie pas que tous les portefeuilles seraient immédiatement vulnérables de façon identique, ni que le protocole serait dépourvu de possibilités d’adaptation.
Une migration vers d’autres mécanismes de signature nécessiterait cependant une coordination technique et des actions des détenteurs. L’analyse doit donc porter autant sur les solutions envisagées et leur déploiement que sur les annonces de puissance informatique.
Quels contrôles rendent la gestion du risque plus concrète ?
Pour l’entreprise fictive, la décision commence par l’échéance et la devise du paiement, pas par une prévision de cours. Pour un particulier, la même discipline consiste à identifier ce qui peut provoquer une perte avant de qualifier un actif de « prudent ».
- Identifier le produit exact : jeton émis directement, version transférée par un pont ou créance détenue sur une plateforme.
- Examiner les réserves : composition, liquidité, fréquence des publications et portée des attestations, qui ne se confondent pas nécessairement avec un audit complet.
- Lire les modalités de sortie : remboursement accessible, frais, délais, restrictions et possibilité de suspension.
- Cartographier la conservation : contrôle des clés privées, pouvoirs de gel, dépendance à une plateforme et conséquences d’une défaillance.
La distinction proposée par l’investisseur est utile pour séparer paiement et investissement, mais insuffisante pour classer toutes les cryptomonnaies sur une seule échelle de sécurité. Une faible volatilité visible peut masquer un risque rare et brutal, tandis qu’un actif très fluctuant rend son incertitude immédiatement observable.
Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement. Investir dans les cryptoactifs comporte un risque de perte totale du capital.


