Un non-lieu peut-il refermer une crise politique sans répondre à toutes les questions des investisseurs ? La justice argentine a écarté les poursuites visant Javier Milei, sa sœur Karina Milei et neuf autres personnes dans l’affaire de la cryptomonnaie $LIBRA, selon une décision rapportée par l’AFP. Le président, qui a brièvement relayé ce projet sur X en février 2025 avant de supprimer son message, dénonce une manœuvre politique destinée à le renverser, tandis que l’opposition conteste la décision et que les pertes subies par les détenteurs restent une question distincte.
Ce qu’il faut retenir
- Le juge Marcelo Martínez de Giorgi a prononcé un non-lieu pour onze personnes, suivant les réquisitions du parquet.
- La décision écarte les qualifications pénales examinées ; elle ne constitue pas une validation économique du projet.
- Une commission parlementaire a fait état de plus de 114 000 portefeuilles touchés par des pertes, un chiffre qui ne correspond pas nécessairement au nombre de victimes.
- Le règlement du volet judiciaire ne tranche ni la responsabilité politique ni la question d’un éventuel dédommagement.
Pourquoi la justice argentine a-t-elle écarté les accusations contre Javier Milei ?
Dans sa résolution consultée par l’AFP, le magistrat a suivi le parquet, selon lequel les faits dénoncés ne correspondent à aucune qualification pénale. Cette motivation distingue la succession des événements, publication présidentielle, envolée du jeton puis effondrement, de la démonstration des éléments nécessaires pour caractériser une infraction.
Concernant Javier Milei, l’hypothèse de négociations incompatibles avec ses fonctions publiques a été rejetée. Le juge n’a pas constaté d’intervention du chef de l’État, dans l’exercice de ses fonctions officielles, dans un contrat administratif ou une opération économique liée au lancement.
Pour Karina Milei, secrétaire générale de la présidence argentine, le raisonnement porte sur les contacts organisés avec des entrepreneurs du secteur. Faciliter une rencontre ne suffit pas, à lui seul, à établir un trafic d’influence : c’est cette distinction que retient la décision, sans transformer ces échanges en garantie de sérieux du projet.

Que signifie le blanchiment judiciaire annoncé dans l’affaire LIBRA ?
Le terme blanchiment désigne ici, dans son usage médiatique, le fait d’être mis hors de cause ; il ne renvoie pas à une infraction de blanchiment d’argent. La formulation juridique rapportée est celle d’un non-lieu, et non celle d’un acquittement après un procès.
Cette précision compte pour comprendre la portée de l’annonce d’« innocence » revendiquée politiquement. La décision écarte les accusations examinées dans cette affaire judiciaire, mais les éléments disponibles ne permettent pas de présenter comme définitivement réglées toutes les procédures ou contestations susceptibles de concerner le projet.
| Point examiné | Ce que la décision rapportée établit | Ce qu’elle ne démontre pas |
|---|---|---|
| Responsabilité pénale | Un non-lieu bénéficie aux onze personnes concernées. | Une certification de toutes les pratiques entourant le jeton. |
| Intervention présidentielle | Le juge écarte la qualification liée à une intervention officielle dans une opération économique. | L’absence d’effet de la publication sur l’attention des acheteurs. |
| Pertes financières | Elles ne suffisent pas, seules, à établir les infractions examinées. | Un remboursement ou une compensation des détenteurs. |
Une décision pénale répond à des qualifications précises, pas à toutes les interrogations économiques ou politiques. C’est aussi pourquoi un non-lieu ne doit pas être lu comme un audit de sécurité ou une appréciation de la valeur d’un cryptoactif.
Pourquoi les pertes liées à LIBRA demandent-elles une lecture prudente ?
Le 14 février 2025, la publication présidentielle a attiré l’attention sur un jeton présenté comme un moyen de soutenir des entreprises argentines. Son cours a bondi puis s’est effondré, alors que des transactions estimées à plusieurs millions de dollars ont eu lieu entre la diffusion du message et son retrait.
Selon les travaux de la commission d’enquête parlementaire cités par l’AFP, plus de 114 000 portefeuilles ont enregistré des pertes, atteignant 100 000 dollars dans certains cas, tandis qu’une poignée a dégagé plus d’un million de dollars chacun. Ces données décrivent une forte asymétrie des résultats, mais leur interprétation exige de distinguer adresses numériques, personnes et méthodes de calcul.
Un même détenteur peut utiliser plusieurs portefeuilles ; inversement, une adresse peut représenter plusieurs bénéficiaires, notamment lorsqu’un intermédiaire conserve les actifs. Le nombre de portefeuilles perdants ne constitue donc pas un décompte automatique des victimes.
Un exemple hypothétique éclaire un autre piège : un acheteur peut voir une valorisation élevée sur son écran sans pouvoir céder tous ses jetons à ce prix. Comme pour une action très peu échangée, la profondeur du marché, c’est-à-dire la quantité réellement achetable ou vendable, compte autant que le dernier cours affiché.
Pourquoi Javier Milei dénonce-t-il une manœuvre politique ?
Le président a toujours contesté avoir eu un intérêt dans $LIBRA. Il a expliqué avoir voulu donner de la visibilité à un projet de financement de PME technologiques, puis avoir retiré son message après avoir réalisé qu’il n’en connaissait pas suffisamment les détails.
Après le non-lieu, il a demandé sur X qui le dédommagerait pour les attaques subies et a accusé des opposants d’avoir exploité le dossier pour provoquer sa chute. Ses propos visant également des journalistes relèvent de sa réaction politique : la décision judiciaire ne démontre pas, par elle-même, l’existence d’un complot.
Le député d’opposition Maximiliano Ferraro, membre de la commission parlementaire, a au contraire dénoncé une opération destinée à protéger les protagonistes. Ces accusations concurrentes illustrent la persistance du conflit autour de la présidence argentine, après une polémique qui a précédé les législatives d’octobre 2025, remportées par le camp présidentiel.
Quelles questions restent utiles pour les détenteurs de cryptoactifs ?
La promesse de financer des entreprises doit être distinguée du fonctionnement réel du jeton : quels droits donne-t-il, comment les fonds sont-ils affectés et qui contrôle leur utilisation ? Détenir un token ne signifie pas automatiquement posséder une action, une créance ou un droit sur les revenus d’une entreprise.
L’analyse porte ensuite sur la distribution des unités, les possibilités de vente des premiers détenteurs, la gouvernance et les contrôles techniques. Le non-lieu rapporté ne répond pas à ces questions et ne vaut ni audit du code ni validation des mécanismes de liquidité.
Pour un lecteur en France ou dans l’Union européenne, le règlement MiCA encadre certaines offres et certains prestataires, avec un périmètre et des exceptions à examiner au cas par cas. L’Autorité des marchés financiers et l’Autorité européenne des marchés financiers rappellent que cet encadrement ne supprime ni la volatilité, ni le risque de perte en capital, ni le risque de contrepartie lié à un intermédiaire.
Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement. Investir dans les cryptoactifs comporte un risque de perte totale du capital.


