Le franchissement des 84 000 dollars par Bitcoin suffit-il à justifier une revalorisation de l’action MSTR ? Dans les propos rapportés par Bitcoin Magazine, Samson Mow, dirigeant de JAN3, défend une thèse plus ambitieuse : la demande des entreprises pourrait soutenir le marché des cryptomonnaies, tandis que Strategy, anciennement MicroStrategy, resterait « massivement sous-évaluée ». Cette appréciation mérite toutefois une distinction essentielle : anticiper une hausse du BTC ne démontre pas, à lui seul, la sous-évaluation d’une société qui en détient.
Ce qu’il faut retenir
- Le seuil de 84 000 dollars correspond à l’épisode rapporté, pas à une cotation actualisée : les éléments disponibles ne permettent pas de le dater précisément.
- Samson Mow privilégie l’analyse de l’offre et de la demande plutôt qu’un calendrier automatique fondé sur les cycles de quatre ans.
- La valorisation de Strategy dépend aussi de ses dettes, de ses actions préférentielles et du nombre de bitcoins rapporté à chaque action.
- Le financement de nouveaux achats peut soutenir la croissance du portefeuille, mais expose les actionnaires à la dilution et au retournement des marchés.
Pourquoi Samson Mow relativise-t-il les cycles de Bitcoin ?
Le raisonnement de Samson Mow part d’une fonction concrète : Bitcoin permet de détenir et de transférer un actif numérique sans émetteur central. Pour une trésorerie d’entreprise, cette propriété ne résout cependant pas tous les besoins : un actif volatil ne remplace pas automatiquement les liquidités nécessaires au paiement des salaires ou des fournisseurs.
Le dirigeant souligne que le BTC a dépassé son précédent record avant le halving d’avril 2024, événement qui a divisé par deux la récompense attribuée aux mineurs. Cette chronologie a bousculé les comparaisons avec les cycles antérieurs, sans démontrer que toute régularité historique a disparu.
Depuis ce halving, la subvention est de 3,125 BTC par bloc, soit environ 450 unités par jour avec un intervalle moyen de dix minutes, selon les règles documentées du protocole. Ce flux ne représente pourtant qu’une partie de l’offre disponible : les détenteurs historiques peuvent vendre des quantités bien supérieures aux nouvelles émissions.
Samson Mow attribue une partie des ventes à des détenteurs moins disposés à supporter les fluctuations et anticipe un affaiblissement de cette pression. Il s’agit d’une interprétation du marché, non d’une mesure directement observable de leurs intentions : une offre nouvelle limitée ne garantit pas une hausse si la demande recule.

L’action MSTR est-elle réellement sous-évaluée par rapport à ses bitcoins ?
MicroStrategy a adopté le nom Strategy en février 2025, tout en conservant le symbole boursier MSTR. Son action donne accès à une société cotée possédant un portefeuille numérique et une activité logicielle, pas à un droit de retrait direct sur une quantité déterminée de BTC.
Pour examiner la sous-évaluation avancée par Samson Mow, comparer la capitalisation boursière aux seules réserves ne suffit donc pas. Les rapports déposés auprès de la SEC, le régulateur américain des marchés financiers, permettent d’examiner les financements, les droits attachés aux différents titres et les engagements qui précèdent économiquement les actions ordinaires.
| Élément à examiner | Ce qu’il permet de comprendre | Erreur à éviter |
|---|---|---|
| Valeur des réserves numériques | La valeur brute du portefeuille au cours retenu | Utiliser une cotation différente de celle servant à valoriser l’action |
| Dette et liquidités | Les obligations de remboursement et les ressources disponibles | Assimiler les avoirs bruts à la valeur revenant aux actionnaires |
| Actions préférentielles | Les droits prioritaires et les distributions prévues selon chaque émission | Les traiter comme des actions ordinaires |
| Nombre de titres dilué | L’effet potentiel des conversions, options et émissions | Comparer la croissance du portefeuille sans regarder celle du nombre d’actions |
| Activité logicielle | Sa contribution économique distincte des réserves | L’ignorer ou lui attribuer une valeur sans justification |
Les instruments convertibles exigent une attention particulière : selon le scénario étudié, ils constituent une dette ou deviennent des actions supplémentaires. Soustraire leur montant tout en intégrant intégralement leur conversion peut compter deux fois le même effet.
Une prime sur les actifs peut refléter la capacité attendue à lever des capitaux dans des conditions favorables. Elle reste néanmoins une anticipation : le cours de l’action peut baisser alors que celui du BTC reste stable, simplement parce que cette prime se contracte.
Comment la stratégie Bitcoin peut-elle enrichir ou diluer les actionnaires ?
Samson Mow cite notamment Strategy et Strive pour illustrer la demande des trésoreries d’entreprise. Le mécanisme envisagé est circulaire : une valorisation élevée facilite les levées de fonds, lesquelles financent des acquisitions supplémentaires susceptibles de renforcer l’intérêt des investisseurs.
Prenons une entreprise fictive, Alpha, qui détient 100 BTC pour 100 actions, sans dette ni frais. Si elle émet 20 actions et acquiert 30 BTC avec les fonds obtenus, son portefeuille atteint 130 BTC pour 120 titres : la quantité détenue par action augmente.
Si cette même émission ne finance que 10 BTC, le portefeuille progresse aussi, mais la quantité par titre diminue. Accumuler davantage ne signifie donc pas automatiquement créer davantage de valeur pour chaque actionnaire.
Un financement par emprunt évite une dilution immédiate, mais introduit des intérêts, une échéance et un éventuel besoin de refinancement. Contrairement à une obligation productive d’intérêts, le BTC détenu ne génère pas intrinsèquement les dollars nécessaires au service de cette dette.
Le cercle favorable peut ainsi s’inverser lorsque les capitaux deviennent plus coûteux ou moins accessibles. La qualité d’une stratégie Bitcoin se juge autant aux conditions de financement qu’au volume annoncé des achats.
Les stablecoins et l’IA peuvent-ils soutenir la demande de Bitcoin ?
Samson Mow envisage des agents d’intelligence artificielle utilisant des stablecoins pour régler leurs transactions et conservant du BTC comme réserve. Cette répartition répond à deux objectifs différents : limiter les variations de valeur à court terme et détenir un actif dont l’émission suit des règles prédéfinies.
Le passage de l’un à l’autre n’a toutefois rien d’automatique. Un agent chargé de payer une facture en dollars peut conserver uniquement un stablecoin, sans besoin opérationnel d’acquérir un actif volatil.
Le même raisonnement s’applique aux usages évoqués en Amérique latine : rechercher une exposition au dollar face à la dépréciation d’une monnaie locale ne signifie pas rechercher une exposition au BTC. L’adoption des dollars numériques constitue une passerelle possible, pas une preuve de demande future pour Bitcoin.
L’adoption souveraine relève encore d’une autre logique, avec des contraintes budgétaires, politiques et de conservation. Les anticipations du dirigeant doivent donc être distinguées des décisions officiellement publiées par les États concernés.
Quels risques distinguent un investissement dans MSTR d’un achat de Bitcoin ?
Détenir l’action MSTR ajoute au risque de marché une exposition à la gouvernance, à la structure financière et aux décisions d’allocation de Strategy. Le détenteur de titres ne choisit ni le calendrier des acquisitions ni les modalités des futures émissions.
La sécurité doit également être examinée à deux niveaux : celle du protocole et celle de la conservation des réserves. La robustesse du réseau ne supprime pas le risque de contrepartie, de défaillance opérationnelle ou d’incident chez un prestataire.
En France et dans l’Union européenne, le règlement MiCA encadre certains cryptoactifs et leurs prestataires, mais une action cotée reste un instrument financier relevant d’un autre cadre. Comme le rappellent l’AMF et l’ESMA, l’encadrement réglementaire ne constitue pas une garantie contre les pertes.
Pour apprécier la thèse de Samson Mow, les documents déterminants restent les derniers rapports financiers, les caractéristiques des émissions et le nombre de titres après dilution potentielle. Une affirmation de sous-évaluation n’est exploitable que si son prix de référence, sa date et ses hypothèses de financement sont explicités.
Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement. Investir dans les cryptoactifs comporte un risque de perte totale du capital.


